Arbitrage : La zone plaqueur-plaqué

Publié le 28/11/17

Des modifications de la règle du ruck ont été édictées cet été afin de fluidifier le jeu, d’empêcher le contournement de ladite règle et de favoriser l’attaque. Avec un succès grandissant.

La réflexion sur le sujet débute précisément le 27 février dernier. La veille, le XV d’Italie surprend et agace l’Angleterre en ne contestant aucun ballon lors des regroupements. Aucune ligne de hors-jeu n’étant créée, les joueurs de Conor O’Shea peuvent en toute légalité se balader librement dans le camp adverse.

Déboussolés, les capitaines de la Rose, Dylan Hartley et James Haskell, vont même demander à l’arbitre du jour qu’elles sont Poite, avec un humour très britannique, leur rétorque qu’il est « arbitre, pas entraîneur ». Celui des Anglais, Eddie Jones, trouve la parade en seconde période, après avoir perdu la première (5-10, score final 36-15), mais le mal est fait, en mondovision. La filouterie avait déjà été élaborée à plusieurs niveaux sur différents continents. Jamais à ce niveau d’exposition.

World Rugby réagit aussitôt. Cinq mois plus tard, la règle est donc modifiée. Quelle solution efficace a donc été trouvée sans effet pervers sur le jeu ? « Le législateur a eu cette idée du“one man ruck”, décrypte Joël Dumé, directeur de l’arbitrage à la FFR. Deux joueurs au sol, unplaqueur, un plaqué. Au premier joueur arrivésur zone, il y a création de deux lignes de hors-jeu,une dans chaque camp. »

Une modification de la règle qui rend caduque la tactique italienne. Sur la phase de rencontre, après le plaquage, c’est le troisième homme qui décide de la suite des opérations. S’il joue le ballon immédiatement, le ruck n’a donc jamais été créé. S’il décide de camper sur sa position et ses appuis, la mêlée spontanée est signifiée par l’arbitre. À ce moment, une seule solution pour l’intégralité des joueurs qui la compose : passer par la porte. « Elle estdélimitée par la partie du corpsla plus reculée du dernier joueurimpliqué, ses pieds la plupart dutemps. On ne peut absolumentpas passer par le côté », explique le patron des arbitres français.

Rien de neuf à ce niveau-là, mais une grande nouveauté pour le grand responsable de la situation, le plaqueur. Jusqu’à l’année dernière, ce dernier devait se remettre sur ses appuis après avoir amené son rival au sol pour pouvoir contester le ballon, qu’il soit devant ou derrière le plaqué. Il a désormais l’obligation de revenir dans son camp et de repasser par l’axe avant d’essayer d’arracher l’objet de toutes les convoitises. « Ça a une cohérencedans l’application de la règle, approuve Joël Dumé. Avant, cejoueur était l’exception. Il n’y en aplus. C’est aussi, peut-être, pourdonner un léger avantage au soutienoffensif et au porteur de ballonpuisque l’adversaire a uneobligation supplémentaire. Globalement,lors des 6 premières journéesde Top 14, 76 % des pénalitésont été sifflées contre l’équipe défensive,ce qui souligne une sorte d’empathiede l’arbitre pour le jeu. »

Arbitrage Non

Comme le spectateur, il préfère voir le ballon vivre et peut se lasser de voir pulluler ces fameuses phases de ruck devenues la norme sur chaque zone de plaquage. Le corps arbitral est d’ailleurs unanime. Cette phase de jeu est la plus délicate à apprécier. « Elle nécessite une extrêmeprécision, tout se joue dans le détail, le timing.L’arbitre doit analyser la chronologie de l’action.Est-ce que le plaqué lâche le ballon ? Est-ce que leplaqueur lâche le plaqué et quitte la zone ? Toutça à grande vitesse », explique le directeur national de l’arbitrage.

Plusieurs problèmes se posent lors de ce regroupement. L’arbitre doit juger du rapport des forces en présence avec la sécurité des joueurs à l’esprit. Il doit également tenter d’avoir un œil sur le ballon, sur les joueurs qui l’entourent et sur les déblayages qui doivent être réalisés, eux aussi, par la porte, de façon loyale et non dangereuse. « L’analyse des postures desjoueurs est essentielle. Est-ce qu’un joueur ancrésur un autre joueur au sol est en position légaleou non ? Est-ce qu’on peut le considérer en appuisau sol ? Une foule de détails et une analyse glo- bale de la situation à faire enquelques secondes. »

Il y a alors forcément quelques erreurs de jugement. « Certains diront que c’estsouvent à la subjectivité de l’arbitre.Je dirais plutôt que c’est de la précisionet je trouve que nos arbitresfrançais sont très performants surce domaine », estime le DNA.

Une autre modification est venue changer la vie des joueurs dans ces mêlées ouvertes. Il leur est désormais interdit d’y botter le ballon, à moins de le talonner et à condition d’être entré légalement dans le ruck. « Les ballonsétaient souvent inexploitables aprèsces coups de pied dans les regroupements.C’est un ajustement de larègle pour éviter de pourrir des ballonsprêts à sortir », précise Joël Dumé.

Après trois mois d’application, il est plutôt satisfait des effets bénéfiques de la nouvelle loi, qui offre plus de lisibilité dans ces phases de jeu et de mouvements au large. Sur ses gardes, il craint encore la perversion des nouvelles règles. « Elles vont dans le bonsens, mais l’arbitrage est toujoursla remorque du jeu. À chaque nouvellerègle, on s’aperçoit immédiatementque le jeu va contourner cetterègle, qu’il y aura des effets perversqu’on n’a pas anticipés, commel’Italie. Pour l’instant, on n’a rienvu. Les entraîneurs sont plus aptesque moi à imaginer des stratégiespour l’esquiver. »

CE QUE DIT LA RÈGLE WORLD RUGBY

Mêlée spontanée (ou ruck) : Un ruck est une phase de jeu dans laquelle un ou plusieurs joueurs de chaque équipe sur leurs pieds, physiquement au contact, entourent le ballon au sol. Elle met fin à la situation de jeu courant.

Arbitrage Oui

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