David Courteix : « Les enragées, c'est fini ! »

Publié le 18/12/18

Après une saison exceptionnelle, David Courteix, l'entraîneur de France 7 féminines, veut lancer un nouveau chapitre d'une histoire commencée il y a une dizaine d'années.

Après une saison exceptionnelle, est-ce que ce début de saison répond à vos attentes et celle de l’encadrement ?

David COURTEIX (Entraîneur France 7 Féminines) : « Ce début de saison fait effectivement suite à une année réussie comme jamais sur le plan des résultats et celle-ci nous a fait un bien énorme. Je crois que que nous avons repris la saison dans cet esprit-là avec un supplément de confiance indispensable à la progression et des sensations positives dont nous avions besoin pour avancer à nouveau. Du point de vue de la compétition en cette année de qualification olympique, il manque malgré tout pour l’instant des points au compteur. De façon très pragmatique, nous avons bien conscience, qu’au bout du chemin c’est là dessus que le sésame se décrochera … ou pas. Après deux tournois nous sommes en-dessous de nos objectifs au plan comptable. Toutefois et même si la note artistique ne compte pas, nous souhaitons garder à l’esprit que le résultat n’est pas la seule porte d’entrée pour évaluer la performance. La qualité du contenu est heureusement dans la plupart des cas la meilleure façon de glaner les points et nous sommes dans ce domaine sur des prestations très convenables . Le groupe a su garder une atmosphère propice au progrès, un climat d’apprentissage favorable et l’esprit de partage qui faisaient la force de l’équipe. De ce point de vue, c’est très positif mais en termes de point, c’est vrai on n’y est pas ».

Comment expliquez-vous ce démarrage avec les 4ème place (Glendale) et 7ème place (Dubaï) ?

David COURTEIX : « Aux USA, nous terminons à la quatrième place. C’est un tournoi dont la préparation a été particulière (conditions hivernales, altitude) et nous a mis à l’épreuve.
On passe très près sur la demie mais on finit un peu décrochées du podium. Notre état de forme était médiocre sur la compétition, les filles ont fait au mental, au courage, à la rage, des ingrédients indispensables mais aujourd’hui insuffisants. A Dubaï, paradoxalement, nous avons été plus cohérentes collectivement et plus alertes physiquement mais nous avons buté sur les USA en quart de finale, une équipe de grande qualité. Il faut maintenant se donner l’objectif de faire plus, de faire mieux en termes de maîtrise et de maturité. Nous devons passer un cap, la qualification se fera au prix de la progression , c’est le jeu. Le constat principal de ce début de saison c’est que toutes les équipes sont au top et la première explication de nos difficultés en termes de classement c’est la compétitivité et la qualité de nos adversaires. On sent que les jeux sont là , la magie opère, le désir est intense, le rêve transpire, la concurrence est terrible et les équipes sont habitées collectivement par l’objectif. La Nouvelle-Zélande trône dans l’immédiat au-dessus du circuit mondial. Le Canada fait un très bon début de saison, l’équipe a su rattaquer à son meilleur niveau. Ensuite il y a l’Australie, les États-Unis, l’Irlande, la Russie ... Tout le monde veut Tokyo. La réalité est implacable, la qualification même pour les meilleures, c’est le préalable indispensable à la médaille ».

Vous disiez la rage ne suffit plus, est-ce aussi la fin d'un cycle après avoir atteint les podiums mondiaux ?

David COURTEIX : « Je crois clairement que les « Enragées » correspondent à une époque dans laquelle l’équipe traînait dans le fond des classements mondiaux et parfois dans le ventre mou du circuit européen. Le groupe s’est construit pas à pas avec une équipe très jeune en manque d’expérience dans des conditions qui n’étaient pas celles de nos adversaires dont certaines avaient déjà poussé la porte du professionnalisme. L’histoire fait penser, toutes proportions gardées, au parcours du handball masculin avec les fameux bronzés ou barjots. Nous bataillions pour exister, nous faisions avec le cœur ce qui nous manquait au niveau du talent. Je crois que les filles se sont attachées à ce surnom authentiquement hérité des commentaires élogieux des équipes étrangères à propos de leur comportement collectif et de ce qu’elles dégageaient.

Aujourd’hui pour être très clair, je pense que cette époque est finie, l’équipe a maintenant grimpé dans la hiérarchie mondiale et si des joueuses historiques que j’évoquais sont encore là, elles ont changé. Elles sont plus mûres, elles ont de nouvelles ambitions, et le groupe dispose d’autres armes que la rage pour s’imposer dans les matches. Certaines filles ont passé la main, font partie de l’histoire, les souvenirs, les anecdotes, les leçons restent certes, mais c’est le passé. Des résultats sont arrivés et je pense qu’il faut tourner la page. Il y aura un peu de nostalgie mais au vu de ce que les filles souhaitent construire cela appartient maintenant à l’histoire. Il reste une richesse, il faudra savoir la partager avec les nouvelles, le temps viendra, mais très clairement, il y a une autre page à écrire. La plus grande force du groupe reste son authenticité et il faut que cela se conserve mais autour d'une autre identité ».

Ce nom peut être lourd à porter pour les nouvelles, c’est à elle aussi d’écrire ce nouveau chapitre ?

David COURTEIX : « Tout à fait, je le vois également comme ça. Le groupe a été renouvelé au fur et à mesure, il s’est enrichi non pas qu’il ait été pauvre auparavant (sourire) mais il y a des nouvelles personnes qui sont arrivées avec de nouveaux profils, d’autres personnalités ou d’autres vécus. Aujourd’hui, cette histoire des « enragées » ne correspond plus à la réalité du groupe. Les filles, plus jeunes, qui n’ont pas connu la période profiteront dans le temps, grâce aux plus anciennes, des enseignements hérités de cette époque et construiront les qualités et les savoirs qu’ils ont contribué à développer mais je crois qu’il y a nécessité et envie d’écrire un nouveau chapitre de l’ histoire. Les joueuses qui sont arrivées doivent apporter quelque chose de nouveau, prendre part à l’histoire et aider les plus anciennes à passer un cap dans ce domaine. Les filles ne courent pas après un surnom mais après des médailles et des podiums. Maintenant il s’agit de savoir comment on y va et par quel chemin. Et si le chemin emprunté fait émerger un surnom, elles le prendront, elles choisiront la marche à suivre ».

La prochaine étape à Sydney sera-t-elle la plus importante de la saison ?

David COURTEIX : « Tout le monde a conscience de la situation. Nous avons pas mal de pistes à l’issue de ces deux premiers tournois de la saison pour rebondir et faire face à la fièvre olympique et à la conquête du graal . Le groupe sait que la bascule se fera sur Sydney et Kitakyushu. Nous aurons la chance en plus de nous préparer dans des conditions idéales en vue de Sydney. Nous sommes invités par la Nouvelle-Zélande, c’est un signe de reconnaissance fort venant d’une nation aussi dominante. Nous irons à Hamilton partager des oppositions qui n’auront rien d’amicales. Nous irons là-bas pour préparer le tournoi de Sydney et ainsi arriver à la compétition avec des objectifs bien précis en matière de jeu d’état d’esprit et de points. Soit, nous basculons dans la partie haute du classement et nous serons vraiment à la bataille jusqu’au bout et le tournoi qui se disputera en France. Soit, nous basculerons sur un autre objectif avec la qualification européenne voir le repêchage mondial. Encore une fois, la qualification olympique représente un sacré challenge et c’est vrai qu’il faut que tout le monde soit conscient qu’il y a très peu d’élus. Même quand tu as fait des résultats probants et que tu fais partie maintenant des nations majeures du circuit, les Jeux sont un immense défi parce qu’ils représentent pour beaucoup le rêve de toute une vie. Il faut mesurer l’ampleur de la tâche proposée car il faut sans arrêt remettre l’ouvrage sur le métier et que, dans ce sport, la remise en cause est capitale. Dans le haut niveau basculer dans un sens ou dans l’autre au classement se joue à très peu de choses. Et ces « très peu de choses » sont parfois des évidences et non des détails ».

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