Hayraud : « Être numéro 1 »

Publié le 11/04/18

Manager des équipes de France Féminines, Annick Hayraud ne peut que se satisfaire du triomphe de ses joueuses lors du dernier Tournoi des 6 Nations, Grand Chelem à la clé. L’état d’esprit insufflé, l’envie affichée, les résultats, tout lui plaît. Et ce n’est qu’un début.

Avec un peu de recul, quel sentiment domine après ce 5ème Grand Chelem de l’histoire des Bleues ?

Annick HAYRAUD (Manager France féminines) : « Celui du travail accompli. Malgré une belle Coupe du monde en Irlande, on était restées sur une grosse frustration face aux Anglaises. Le débriefing de ce genre de match est très important pour avancer. Visiblement, on en a su en tirer quelques leçons, peut-être pas toutes. On verra si on les bat régulièrement dans le futur. »

Quelles ont été vos forces principales pendant ce Tournoi ?

Annick HAYRAUD : « L’état d’esprit ! Ce groupe s’est construit au fur et à mesure des semaines, dès le stage de préparation. Les joueuses mettent des mots sur leurs intentions, il faut ensuite que les actes suivent. À l’arrivée, c’est autant leur travail que celui du staff. On veut être sûres de ne pas se mentir, de rester sur ce qu’on a décidé ensemble. C’est la base de notre travail commun. On a aussi prouvé qu’on avait du caractère, ce qui est bien sûr très positif. »

La capacité d’intégration des jeunes joueuses est-elle un critère de sélection ?

Annick HAYRAUD : « C’est même primordial. Surtout lors d’un 6 Nations ! Mais là où il ne faut pas se tromper, c’est quand on part sur une Coupe du monde. Si on n’a pas 26 joueuses avec le même état d’esprit, on ne peut être championnes du monde, on le sait. Si certaines font la gueule parce qu’elles ne jouent pas, cela peut nuire au groupe. A contrario, si elles ont le bon état d’esprit, ça tire tout le monde vers le haut. Là, on peut penser au titre… »

Sans cet essai de Jessy Trémoulière à la dernière minute contre l’Angleterre, le bilan serait-il aussi positif ?

Annick HAYRAUD : « Il y aurait de la déception, c’est sûr. Avec trois matches en France, on voulait gagner ce Tournoi, mais il n’y a pas que le résultat qui compte. La victoire est dans notre culture ; j’ai moi aussi horreur de perdre. On est néanmoins en train de construire un groupe avec un objectif de haute performance pour aller (au moins) jusque 2021 et la prochaine Coupe du monde. On veut un niveau d’exigence supplémentaire à chaque sortie, même si l’adversaire a aussi le droit d’être bon. Le public, les médias, tout le monde attend des victoires. Nous les premières ! On travaille davantage sur la performance que sur la victoire. On a gagné cette fois, on sait qu’on est proches des meilleures équipes. Maintenant, on veut passer devant. »

Ce match face à l’Angleterre devant près de 18 000 spectateurs restera-t-il un moment particulier dans l’histoire de cette équipe ?

Annick HAYRAUD : « Quand les filles sont montées dans le bus après le match, certaines ont eu un peu peur de la foule ! Elles ne sont pas habituées à ça. Ce sont des moments que seul le sport peut procurer. Tout le monde a été transcendé pendant la Marseillaise, même les filles les plus expérimentées. Défendre sa nation quand on porte le maillot bleu, c’est fort. Ça a pris plus de valeur ce soir-là ; de très belles émotions, avec un vrai partage avec le public. Et un public averti, en plus. »

Pourquoi avoir nommé une joueuse de 21 ans (Gaëlle Hermet) capitaine de l’équipe de France ?

Annick HAYRAUD : « Quel était le risque ? De se tromper ? Si on s’était trompés, ce qui aurait pu arriver, on aurait changé. Mais on ne s’est pas trompés. Les plus anciennes ont déjà un rôle, chacune a un domaine spécifique. Il fallait amener de la jeunesse. Gaëlle a déjà eu l’expérience de ce rôle en U20 et en club à Toulouse. Elle apprend tous les jours. Elle termine son premier Tournoi avec un Grand Chelem, c’est génial. »

Quel est votre mode de fonctionnement avec ce groupe ?

Annick HAYRAUD : « Le jeu leur appartient. Nous, on ne fait que leur donner des éléments tactiques, techniques. Il y a un échange permanent. Si certaines choses ne sont pas négociables (entraînements, récupération…), il faut être ouvert, savoir s’adapter. Plus les joueuses seront épanouies lors des rassemblements, mieux elles se sentiront sur le terrain. Elles s’y retrouvent aussi au niveau de la préparation, des débriefs. Elles regardent les vidéos, on les responsabilise, elles participent à l’analyse. On fait des propositions de lancements, elles valident, ce qui leur permet d’être totalement concernées, impliquées. C’était notre 2e Tournoi, on connaît mieux les joueuses et elles comprennent mieux où on veut aller. Ça n’a pas été si simple, il a fallu faire sauter quelques verrous. »

Êtes-vous en avance sur les temps de passage prévus ?

Annick HAYRAUD : « Il n’y avait pas de tableau de marche. On est satisfaits, mais on sait la masse de travail qu’il nous reste à accomplir. On est dans le Top 5 mondial (3e). L’idée, c’est d’être numéro 1 un jour ! »

La relève frappe-t-elle déjà à la porte ?

Annick HAYRAUD : « Le pôle U20 a été mis en place cette année. Ce serait bien de pouvoir amener toutes ces jeunes joueuses à passer un cap, qu’on puisse vraiment faire la passerelle avec l’équipe A. On veut de la cohérence entre nos équipes. Une commission du rugby féminin a été mise en place avec Lionel Perrin, David Courteix et les entraîneurs du rugby féminin. On essaye de faire des réunions régulièrement pour voir où en sont les joueuses des U20 ou du 7 Développement. On veut déterminer ce qui est le mieux pour chaque joueuse. C’est un grand pas de réalisé. J’espère que ça continuera comme ça. »

Quel regard portez-vous sur l’évolution de la discipline ces dernières années ?

Annick HAYRAUD : « La Coupe du monde en France en 2014 a joué un rôle important. Le grand public a découvert la pratique féminine. Puis le tournoi a été télévisé, ce qui a rendu les choses beaucoup plus faciles, moins confidentielles. Le niveau des joueuses, les Jeux olympiques de Rio, des filles sous contrat, tout cela booste la pratique. Les clubs sont de mieux en mieux structurés, les entraîneurs et les staffs sont de qualité et on a de vraies athlètes. Les filles qui arrivent à 20 ans ont souvent dix ans d’expérience du rugby, ce qui n’était pas le cas avant. Le niveau général augmente. »

Quel est votre avis sur la réforme du rugby féminin prévue la saison prochaine ?

Annick HAYRAUD : « Je pense que c’est une bonne chose si on ne fait pas les mêmes erreurs que chez les garçons. Des clubs commencent à avoir des joueuses étrangères. On se méfie, on veut que nos jeunes aient du temps de jeu. On doit se rapprocher aussi des clubs, des entraîneurs, partager des données, mettre en place ce projet global pour faire avancer aussi bien les clubs que l’équipe nationale. »

Après deux mois de vie commune, que retiendrez-vous humainement de cette expérience ?

Annick HAYRAUD : « Elles m’ont épatée. Quand je vois ce qu’elles sont capables de mettre en place, d’organiser aussi bien sur le terrain que lors des journées de détente. Elles sont bonnardes ! On n’a jamais eu de rappel à l’ordre à faire ; on n’est pas là pour les fliquer de toute façon. Elles sont très responsables. Ce sont elles qui décident de ce qu’elles veulent faire. Nous, on n’est là que pour leur donner les moyens d’y arriver. Et les résultats leur donnent raison ! »

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