Outre-Mer : Le rugby du bout du monde

Publié le 29/12/17

Plongée au cœur du rugby polynésien où la ferveur est intacte, mais les moyens plus que limités. Entre la distance, les installations sommaires, le matériel ou les bonnes volontés, le rugby demeure une passion sur ces terres du bout du monde. Immersion.

« Heureusement qu’il y a le rugby. Pour mon fils, c’est capital. Je lui répète tous les jours. » Emma habite sur l’île de Raiatea. La maman de Aroarii en est convaincue. Pour elle, le rugby fait partie de l’éducation qu’elle a toujours voulu donner à ses enfants. « L’amitié, la camaraderie, l’esprit d’équipe ce sont des valeurs qui façonnent une personnalité. » Et depuis que Laurent Guilain a pris les choses en main pour agencer le petit club du coin, Emma est ravie. « Les jeunes ici n’ont pas grand-chose, les infrastructures sont un peu désuètes, mais on tente de s’organiser pour faire vivre notre passion. »

Le club de Tapu Rugby est l’un des clubs de cette île française du bout du monde. Au bout du chemin, la mer bleu turquoise ; sur le terrain quelques jeunes se sont rassemblés pour le premier entraînement de la saison. À la baguette, Laurent Guilain ce président-entraîneur a débarqué sur cette terre il y a 20 ans. C’est un grand supporteur de l’équipe de Clermont et un amoureux de rugby. Et comme en Polynésie, il faut beaucoup d’énergie pour mettre ses envies en place, il s’occupe aussi d’aller récupérer les joueurs à droite et à gauche pour les conduire vers le terrain d’entraînement. Lucide, il constate : « Il faut donner de sa personne pour les faire venir. Ils ont pourtant un bon niveau, mais le rugby ne fait pas partie de leur culture, c’est parfois compliqué. »

Le résultat d’une politique de sensibilisation

Tapu Rugby, 30 licenciés, de tous âges et quelques filles qui s’accrochent. Le résultat d’une politique de sensibilisation menée dans les écoles polynésiennes. C’est d’ailleurs l’une des grosses réussites de l’action de la Fédération polynésienne de Rugby visant à faire venir de plus en plus de filles dans les clubs. À Raiatea, il est très difficile de se frotter à la concurrence.

Pour trouver de très bons adversaires, il faut partir à Tahiti, l’île principale, là où sont organisés les matches et les tournois. « C’est très cher, constate Laurent Guilain un peu dépité. On arrive à économiser chaque année pour se payer l’avion pour aller à Papeete. Cela nous coûte 2 000 euros pour 12 personnes. Vingt minutes de vol contre une journée en bateau. Il n’y a pas match comme on dit. Les jeunes sont tellement heureux. Ils peuvent vraiment se mesurer et avoir une idée de leur niveau

Seule au monde dans des décors de carte postale D’une superficie égale à l’Europe, mais avec une population équivalente à celle d’une ville Française moyenne (250 000 habitants), la Polynésie française est perdue dans le Pacifique. À 6 heures de vol d’Auckland en Nouvelle-Zélande et à 9 des plages californiennes de Los Angeles. Seule au monde dans des décors de carte postale. Tout est magnifique, mais tout est compliqué. Le développement du rugby tient toujours aux passionnés et aux bonnes volontés qui atterrissent un jour sur ces îles du bout de la planète.

Polynésie Française

Sur l’île de Huahiné à 15 minutes d’avion de Raiatea, le professeur de sport du seul collège de l’île est un Français venu de métropole. Jérôme Alfonsi, voyageur au long cours. À son actif, des missions caritatives et des activités humanitaires qui ont en permanence eu un lien avec le rugby. Cambodge, Kenya puis maintenant la Polynésie, Jérôme Alfonsi met en place un programme visant à toucher 300 élèves de tous âges pour leur faire découvrir le ballon ovale. Toujours aussi peu de moyens. Les entraînements se font sur le seul terrain de foot disponible sur l’île. « Je tiens beaucoup à être à l’œuvre avec les plus jeunes, car avec eux, on a la chance que cela dure. Ils prolongeront plus tard le désir de jouer au rugby. »

Le travail de tous ces éducateurs dans l’âme vise à étendre la toile qui se tisse au jour le jour pour couvrir au maximum ce territoire riche en beaux gaillards ; de ceux qui feraient le bonheur de beaucoup de clubs à travers la métropole. C’est là que bat le cœur du Rugby du bout du monde. Un seul terrain avec des poteaux fixes. Le reste ? Du bricolage et une grande dose de bonnes volontés.

Trois cents licenciés pour 6 clubs, un championnat digne de ce nom, la coupe de Tahiti, des “Haka” et de belles vahinés dans les tribunes. Nous sommes sur le stade du Rugby Club de Pirae, l’un des meilleurs clubs de l’île. Tous les clubs de Tahiti sont rassemblés pour offrir leur plus beau visage ; les plus belles couleurs de leur rugby.

Le rugby foulard assure aux jeunes une meilleure technique individuelle « Les enfants ont besoin de rêver », explique Teiki Dubois, le manager du club du RC Pirae. « Nous sommes en réflexion permanente pour arriver à structurer nos clubs. Et pour rendre le jeu le plus attractif possible. » En Polynésie, les jeunes jouent au Tag rugby (rugby foulard) jusqu’à 10 ans. Celui qui est aussi le président de la commission sportive de la Fédération constate : « Les jeunes de 11 et 12 ans sont bien meilleurs enskills et en technique individuelle en ayant été formés au Tag rugby, c’est un bon axe de travail. » Avec le souci de privilégier le jeu de mouvement plutôt que l’affrontement.

Sur le bord du terrain pendant ces petits matches qui mettent aux prises tous les clubs de Tahiti, Karena 10 ans, fan de Daniel Carter. Avec une mère française de métropole et un papa marquisien, l’apprenti joueur de Punaauia adore le rugby : « J’aimerais rencontrer de grands joueurs, je suis fan de Daniel Carter. Je l’ai vu une fois en Nouvelle-Zélande. Et cela m’a donné envie de jouer et de progresser. »

Peut-être que les vœux de Karena seront exaucés un jour et qu’il aura le privilège de voir de ses yeux les joueurs du XV de France.

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