Rugby Sport-Santé : Les pionnières

Publié le 13/03/18

Deux fois par semaine, des femmes atteintes d’un cancer luttent contre la maladie par la pratique du rugby, avec des résultats physiques et psychologiques surprenants. 

Le nom de baptême a vite semblé une évidence. « Les Pionnières », rien de moins logique pour les fondatrices du premier club de rugby Sport-Santé du pays. Toutes ont désormais un autre point commun que le cancer qu’elles combattent : un ballon ovale qui vole de mains en mains dans une atmosphère de cour de récréation.

La cadette a dépassé la trentaine ; l’aînée, Geneviève, a, elle, 71 ans. Et elle les porte rudement bien dans son survêtement blanc. La foulée est délicate, comme les transmissions de balle. Pour ces battantes, l’essentiel est ailleurs, dans cet autre match qu’elles sont en train de gagner, un peu grâce aux deux sessions organisées par semaine.

Le Professeur Stéphanie Motton pose l’équation : « On sait trois choses, prouvées scientifiquement.La pratique d’une activitéphysique encadrée et régulière améliore la tolérance au traitement,mais aussi la qualité de vie despatientes et le pronostic de la maladie.On diminue de 50 % lerisque de mortalité après cancerdu sein. » Stéphanie Motton est chirurgienne oncologique à Toulouse.

Le 15 octobre 2015, elle a été conviée à Marcoussis pour une réunion fédérale sur le sport et la santé. « Honnêtement, on ne savaitpas trop ce qu’on faisait là. Quandla FFR nous a montré une vidéoavec des gens qui jouaient au rugbyen marchant, ça nous a un peubluffés. On a même essayé, on adécouvert le rugby à 5, à toucher.On a été convaincus en une journée. » Le personnel soignant (public sédentaire à risque de développement de pathologie) a été la première cible. « On a pensé qu’ilfallait d’abord convaincre les prescripteurs.Sans eux, on n’aurait pasconvaincu les patientes », analyse Guillaume Bonnemaison. Ce Conseiller Rugby territorial (Midi-Pyrénées) est impliqué depuis le début aux côtés de ces joueuses pas tout à fait comme les autres.

Parmi elles, Murielle, de l’aventure depuis un an et demi. « Je me plaignais d’avoirmal partout, de prendre du poids.Le Pr Motton m’a parlé de rugby à5. Je l’ai regardée avec des yeux toutronds. Pour moi, le rugby, c’était desgarçons, des mêlées et des bleus, s’esclaffe- t-elle. C’est finalement un sportadapté à nos petits soucis et notrecondition physique. »

Une volonté de jouer

Il ne fait pas plus de cinq degrés en ce jour gris sur Toulouse. La session du jeudi midi est un peu moins fréquentée que celle du mardi soir, mais rien ne fait reculer celles qui peuvent venir. Une volonté de jouer qu’ad mire Sylvie Denot, conseillère technique spécialisée dans le sport adapté : « Qu’il fasse froid, qu’il pleuve,qu’il neige, elles sont là ! On retrouveles vraies valeurs du rugby, la solidarité,le plaisir de se retrouver. Ce quiest marrant, c’est qu’aujourd’hui, ellesbasculent presque dans l’entraînement,elles demandent d’autres apports,plus techniques. Elles veulenttoujours jouer, mais mieux jouer », apprécie-t-elle avant d’interrompre une action pour analyser les placements de ses joueuses.

Aucune d’entre elles ne semble porter le fardeau qui est le leur. Surtout pas Germaine, 57 ans, une des pionnières des Pionnières. « C’est ma troisièmesaison. J’adore ce partage, cet enthousiasme,la découverte du rugbyaussi. Il y a de belles personnes, de l’ambianceet de la légèreté. » Elle chausse alors les crampons, un geste impensable avant d’embarquer dans cette aventure. Comme presque toutes ses consœurs, Germaine ne connaissait pas grand-chose au rugby. Elle confirme d’ailleurs que ce n’est pas cette soudaine passion qui les a réunies. « On est touteslà parce qu’on aeu ce parcoursdans la maladie.On n’en parlepresque plusa u j o u r d ’ h u i.On vient pour jouer, pour marquer ! Le plaisird’abord. On est commedes gamines, on court, onessaye d’attraper l’autre… »

Geneviève passe en toute discrétion d’un bon mètre en touche. L’arbitrage vidéo est demandé dans un éclat de rire général.

Création du premier club de rugby Sport-Santé

Ici, personne ne se prend au sérieux, mais avec la création de l’association en novembre dernier et du premier club de rugby Sport-Santé de France, l’activité a pris un peu d’épaisseur. « Ça leur appartientmaintenant. Le but est d’aller plusloin dans la promotion et le développementde cette action », explique Guillaume Bonnemaison, fier d’un taux de fidélisation à 82 %. « Çanous permet aussi d’être une entité àpart entière distincte de l’Oncopole,d’être sûres que le projet perdure », souffle Murielle. Stéphanie Motton, sa chirurgienne et partenaire de jeu, n’a pas pu troquer ce jour-là sa blouse pour un short et un maillot, mais elle sera bien là en juin pour le choc tant attendu entre Pionnières et Sédentaires.

Le bonheur du partage sera le seul vainqueur. « Le côté rugby, ce n’estpas anodin par rapport à la maladie, conclut Stéphanie Motton. C’est unsport de combattant, un peu glorieux,on tombe, on se relève. Pour elles quiont vaincu le traitement ou sont encoreen combat, jouer au rugby ne leurfait pas peur. »

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