Écol’Ovale : L’exemple de Frédéric Bonnet !

Publié le 15/02/19

Dans le cadre de la mise en place du nouveau programme Écol’Ovale, Frédéric Bonnet, l’un des précurseurs de son enseignement au sein des écoles de la République, revient sur ces nouvelles mesures scolaires et universitaires.

Depuis maintenant 15 ans, cet instituteur bordelais, pharmacien de formation, milite et travaille pour faire de cet enseignement un outil pédagogique incontournable dans les établissements scolaires. Fils de médecin militaire, Frédéric Bonnet s’est passionné pour le rugby dès que son instituteur nîmois l’a initié à cette discipline durant son année de CM2 à l’école de la Cigale, en 1979. Aujourd’hui, ce dirigeant du Rugby Club Villenavais fait partie du corps des enseignants référents, en sa qualité de membre des commissions scolaires, à la fois au comité girondin et à la FFR. Comme ses collègues référents, il incarne cette passerelle indispensable entre la fédération et l’Éducation nationale, pour mieux faire décoller ce programme ambitieux qu’est Écol’Ovale.

En quoi Écol’Ovale est-il un outil pour vous ?

Frédéric Bonnet : « Ça fait à peu près 15 ans que je suis professeur des écoles, et depuis le début, j’utilise le rugby. D’abord en ZEP, à La Benauge (à Bordeaux). J’ai essayé plein de choses. J’ai d’abord fait plaquer, mais les enfants pleuraient et les parents criaient… Ce n’était pas la bonne méthode ! Je suis ensuite passé au « flag rugby », ou plutôt une version du foulard dans le dos comme on l’enseigne en Nouvelle-Zélande. J’ai vite compris qu’il fallait passer par une forme de jeu adaptée. J’ai donc essayé le rugby à 5, puis aujourd’hui le touché 2 secondes, qui permet à tout le monde de jouer, le tout sans plaquage. Cela rassure les parents et surtout, on peut y jouer dans la cour de récréation sur du béton. »

Comment cela se traduit-il concrètement ?

Frédéric BONNET : « Non seulement, ça n’a que des avantages, mais en plus ça marche. Depuis trois ans, je travaille plus précisément sur un projet en partenariat avec l’inspectrice de ma circonscription (Talence), Madame Barbier, la mairie de Villenave-d’Ornon, le Rugby Club Villenavais et le comité départemental de Gironde. Et si je ne prétends pas détenir la science infuse, je vois les résultats et travaille pour l’étendre ailleurs. D’abord en Gironde, puis dans toute la France dans le cadre de la FFR. Il y a peut-être d’autres personnes qui ont d’autres idées et elles sont les bienvenues. L’idée est de trouver un truc transposable partout, même en Bretagne, là où il n’y a peu de clubs. Écol’Ovale va m’aider à toucher toutes les académies. »

Ecol'ovale

Vous participez en tant que membre de la commission départementale et nationale de la FFR à la rédaction d’un projet pédagogique sur lequel vous appuyer pour convaincre l’institution éducative pour laquelle vous travaillez. Est-il terminé ?

Frédéric BONNET : « Oui. La commission de Gironde a rencontré le conseiller pédagogique départemental fin décembre afin de convaincre de plus en plus de strates de décideurs. Un prof des écoles qui veut enseigner le rugby doit avoir à sa disposition des outils pour s’approprier cet enseignement et construire le sien. Il faut avoir un langage commun en passant par le lexique de l’Éducation nationale qui est celui du socle commun et des programmes – afin de faciliter la tâche des enseignants. Ce travail-là est fini. Maintenant il faut le faire valider. »

Vous avez participé au stage Puidebois. Il a donc été prépondérant dans la suite de l’aventure ?

Frédéric BONNET : « Ce qu’il y avait de bien au stage Puidebois, c’est qu’il y avait différents corps de métiers, des conseillers pédagogiques départementaux pour chaque région jusqu’aux inspecteurs d’académie, en passant par l’UNSS, l’USEP, les profs d’EPS et les DTL (Directeurs techniques de Ligue). La fédération est convaincue par le projet, ce qui aide énormément à son avancement, et ça nous aide en effet beaucoup. »

Est-ce l’école qui détient la clé de l’évolution de notre sport ?

Frédéric BONNET : « Ce fut le cas, un temps, dans les années 50 et 60. L’histoire du rugby en France, ce sont les instits qui l’ont écrite dans leurs écoles, notamment dans les Landes et au Pays basque. Et, souvent, ils ont par la suite créé les écoles de rugby des clubs. »

C’est à la limite du prosélytisme, ce que vous préconisez, non ?

Frédéric BONNET : « C’est une sorte de travail de missionnaire, oui. L’idée de départ, c’est que ce soit ludique. Il faut néanmoins que ce soit intégré dans un projet pluridisciplinaire, avec une forte entrée, qui est l’EMC (Enseignement Moral et Civique). Au rugby, on appelle ça les valeurs, à savoir la mixité, le respect des règles et des autres, devenir joueur et arbitre à tour de rôle, respecter l’intégrité physique, la sienne et celle des autres. En parallèle, les élèves travaillent du français, des maths, de la géographie, de l’anglais. Ça devient un jeu et donne du sens pour les enfants. Cette année, pour la première fois, je leur ai raconté l’histoire de Thomas Arnold, le directeur et enseignant au collège de Rugby qui, quand il a vu la violence avec laquelle ses étudiants pratiquaient ce jeu, a voulu le codifier.

En quoi le jeu du rugby est-il utile dans la transmission pédagogique ?

Frédéric BONNET : « Ce que l’expérience de sa régulation par Thomas Arnold nous a appris, c’est que c’est un enjeu éducatif d’enseignement moral et civique. Dans ma classe, quand je fais du rugby, je prône le courage de faire les choses, seul. La plupart des élèves ont peur de se lancer dans le travail, notamment seuls, parce qu’ils ont peur de faire des erreurs. Or, avec le rugby, cette peur se transforme en courage. On travaille aussi la solidarité et l’amitié : si tu as besoin d’aide, tu demandes, et tu peux toi aussi aider les autres. Quand je fais des groupes ou des équipes, je ne mets pas forcément les plus forts physiquement ensemble, mais je les assemble par affinités. Pourquoi ? Parce qu’au rugby, il faut avoir envie de faire une passe à son coéquipier, comme une offrande qu’on fait, un cadeau qu’on transmet. Les règles du foot ne te poussent pas à être solidaire. Celles du rugby, oui. C’est un outil pédagogique idéal pour avoir un climat de classe idoine. Ça le fait évoluer dans le bon sens. »

Est-ce que vous avez constaté une augmentation des licenciés dans votre club grâce à cet enseignement ?

Frédéric BONNET : « Il y en a peut-être deux ou trois qui font le saut chaque année. Pas forcément ceux qui sont passés par mes classes, d’ailleurs. Certains nous ont juste vu évoluer dans la cour et que ça les titille. Tu plantes une graine, en fait. Il y en a même qui, inspirés par cette histoire de Thomas Arnold, m’ont demandé de créer leur propre jeu, qu’ils ont appelé « le jeu de Jean Macé » (NDLR : du nom de l’école élémentaire où il enseigne), avec un ballon de rugby, évidemment, mais avec un toucher de 3 secondes, quatre passes minimum, trois points marqués en lançant le ballon dans la cage de hand défendue par toute une ligne de joueurs et joueuses. Ils ont gardé la transformation qui doit passer au-dessus des cages. C’est leur version à eux. Le but, c’est qu’ils soient heureux d’apprendre. »

Ecol'ovale Frédéric Bonnet

Comment faire évoluer cet enseignement vers quelque chose de pérenne au sein de l’Éducation nationale ?

Frédéric BONNET : « Avec mon inspectrice, Madame Barbier, qui est convaincue de l’intérêt pédagogique du rugby à l’école, nous avons rédigé un projet pédagogique innovant qui pourra être partagé ailleurs. C’est là que l’entrée par l’EMC est primordiale. »

Il va falloir former ces enseignants. Comment comptez-vous procéder ?

Frédéric BONNET : « Je sais que ça marche. Je l’ai d’ailleurs fait avec des collègues néophytes. C’est simple, amusant, c’est facile à enseigner, et c’est utile. Le vrai enjeu, c’est de former les professeurs des écoles. Les conseillers pédagogiques sont là pour ça. J’ai donc participé à une formation avec l’un d’entre eux, Frédéric Dupuis, conseiller pédagogique EPS de la circonscription. On a 15 professeurs des écoles qui sont venus. »

Ont-ils pu dégager du temps pour suivre cette formation ?

Frédéric BONNET : « La circonscription a organisé une formation, d’abord sur du temps libre d’enseignants volontaires, puis cette année dans le cadre institutionnel. Nous avons organisé des rencontres entre les élèves de chacun de ces 15 professeurs des écoles sur un plateau, au mois de novembre, avec comme deal préalable de suivre une brève formation le 4 octobre. Nous avons envoyé les documents du touché 2s en amont, ce qui s’appelle de la pédagogie de la classe inversée. Ils ont donc commencé à introduire la discipline avec leur classe et on a gagné un temps fou lors de la formation. Après, il y a la 3e mi-temps. On avait prévu un moment convivial au club, durant lequel on a continué à échanger. Cela a vraiment permis de compléter de manière informelle les apports de la formation. »

Que dites-vous à ceux qui pensent que sans plaquage, ce n’est pas du rugby ?

Frédéric BONNET : « L’Irlande et la Nouvelle-Zélande passent par cette forme de jeu sans plaquage jusqu’à 12-14 ans. Et ce sont aujourd’hui les deux meilleures nations mondiales. L’argumentation est donc toute trouvée. Attention, dans les projets pédagogiques auxquels je contribue, on peut passer par du jeu avec contact, même si la plupart des enseignants ne pourront pas le faire. Mais il ne faut pas être borné. Le plus important, c’est que les enseignants le proposent. »

Avez-vous présenté ce projet aux différents décideurs, qu’ils soient à la fédération ou à l’Éducation nationale ?

Frédéric BONNET : « Oui, il a été évoqué lors du stage Puidebois, en octobre dernier. Ça a globalement plu à la plupart des conseillers pédagogiques départementaux. Un peu moins aux profs d’EPS de collège, qui préfèrent le jeu avec contact. Mais ça va finir par rentrer, avec le temps. Il faut répéter, essayer, faire essayer et convaincre. L’atout majeur du rugby, c’est qu’il a encore, malgré le Top 14, une bonne image sur les valeurs. Les parents finissent par être convaincus par d’autres parents qui connaissent les bienfaits de cet enseignement. Il n’y a donc pas de raisons de ne pas convaincre toute la chaîne.

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